Après l’incroyable tour de force des Wallabies, revenus de l’enfer pour y envoyer les Néo-Zélandais, anges déchus de l’éden ovale, les statistiques apportent une autre vision de cette demi-finale. Plus tangibles que les cartes de tarot, plus sûr que le marbre du café, les chiffres ont parlé. Tendons l’oreille.
Ce qui surprend le plus, à la vue de ce match entre Australiens et Néo-Zélandais, est la tactique adoptée par les champions du monde en titre, et par leur stratège Larkham en particulier. Ce dernier a reçu 65 ballons de son demi de mêlée George Gregan, et a ouvert 45 fois sur sa ligne de trois-quarts, soit dix deux plus que son adversaire direct Carlos Spencer (35 ballons donnés), pourtant réputé insatiable attaquant.
Les Wallabies au large
Les Australiens ont joué là où on ne les attendait pas, sollicitant à outrance leurs arrières (tantôt le surpuissant Mortlock, tantôt le véloce Tuqiri) et utilisant peu le jeu au pied : 4 coups de pied dans le jeu courant, contre 7 aux All-Blacks !
Ceci illustre à merveille la détresse des attaquants kiwis, se heurtant irrémédiablement au mur jaune, cette défense imperméable australienne qui ne céda jamais. Quelle activité dans ce domaine pour les flankers George Smith et Phil Waugh côté Wallabies (4 ballons volés), et Ricchie McCaw côté Blacks (5 ballons récupérés) !
L'alignement australien en progrès
S’il y a bien un autre secteur de jeu où les Wallabies ont surpris, c’est la touche. Très moyen face à l’Ecosse en quart de finale, l’alignement australien s’est bien repris face à des Blacks bien organisés dans ce domaine : la répartition des ballons fut très équilibrée (alors que l’on s’attendait à une nette domination néo-zélandaise), 16 ballons gagnés pour les vainqueurs, contre 13 aux vaincus.
Mention spéciale à Nathan Sharpe et Justin Harrison, les deuxième-lignes australiens très à l’aise dans les duels aériens.
Concernant la bataille pour l’occupation du territoire, elle tourna à l’avantage des Néo-Zélandais (55% contre 45%), lesquels ne purent concrétiser au score, la faute au peu de réussite du buteur Leon MacDonald (1 pénalité sur 3 tentées), et à l’hermétique défense adverse.
Ils franchirent la ligne d’avantage australienne à 3 reprises (soit 3 fois moins que lors du quart de finale face aux Springboks), contre 5 pour leurs adversaires du jour.
Pas d'injustice
Contrairement à ce que voudraient croire les Néo-Zélandais, l’arbitre Chris White n’a pas beaucoup plus pénalisé les All Blacks que les Australiens. (13 fautes sifflées contre les noirs, contre 11 aux locaux).
Le génie des Australiens fut de commettre leurs fautes loin de leur ligne d’en-but et de leurs poteaux. En revanche, les pénalités concédées par les Néo-Zélandais mirent Elton Flatley le buteur Wallaby dans des conditions idéales (il est l’auteur d’un quasi sans faute, 5 sur 6 pour les pénalités et 1 sur 1 pour les transformations, soit 17 points au total).
Dans un mouchoir de poche
Une chose est sûre, c’est que les deux équipes se tiennent dans un mouchoir de poche : l’Australie remporte la bagarre au niveau de la possession mais de très peu : 52% contre 48%, dépassant les All Blacks d’une infime marge en touche, les mêlées révélant une égalité parfaite.
Le bilan comptable, s’il nous éclaire un peu plus sur cette demi-finale, ne dément pas l’idée que l’on s’en était faîte en direct : cela se joua à très peu, mais les Wallabies surent faire les bons choix au bon moment, poussés par ce qui s’apparente dans ce pays à un culte de la victoire, transcendés par une foule qui ne leur aurait pas pardonné un échec.