La passion qu’a Enrique Rodriguez, dit « Topo », pour le rugby, est immense et… sans frontières!
Des Pumas aux Wallabies
Argentin d’origine, ce pilier puissant et très technique a joué à quinze reprises pour les Pumas, de 1978 à 1983, avant de se faire remarquer lors d’une tournée en Australie, à tel point que Waringah, club de la banlieue de Sydney, mit tout en œuvre pour s’attacher ses services. Pour le plus grand bonheur du club, certes, mais également celui des Wallabies, puisqu’il porta le maillot Or à 26 reprises. Il participa ainsi au Grand Chelem réalisé par les Australiens lors de la tournée dans les îles britanniques de 1984.
Ce succès marqua l’émergence de l’Australie parmi les nations dominantes dans le rugby mondial, et l’essai infligé au pays de Galles dans son antre de Cardiff sur mêlée enfoncée, alors que le pack gallois était le plus redouté de la planète Ovale, portait sans aucun doute la marque de la ‘bajadita’
Du rugby à Tahiti
A ces 41 sélections cumulées au niveau international, Topo tient à en ajouter encore une autre, plus inattendue : pour l’île de Tahiti, avec laquelle il avait affronté, alors qu’il séjournait sur l’île, une équipe de France sur le chemin du retour après une tournée dans l’hémisphère Sud en 1981.
Malgré la (prévisible) déculottée infligée par le XV de France, qui avait dépassé la barre des cent points, ce souvenir fait encore rire Topo, qui avait inscrit l’unique essai tahitien de la rencontre : « Les Français s’étaient endormis, alors j’en ai profité pour marquer, entre les poteaux ! »
Une vieille connaissance
Car quand il s’agit de rugby, Topo, lui, ne s’endort pas, que ce soit en tant que joueur ou en tant qu’entraîneur. « Travailler à fond, jouer à fond », voilà sa devise. Et c’est cette philosophie qu’il aura pour mission d’inculquer aux avants canadiens, dont il va s’occuper pendant cette Coupe du Monde.
Mais comment est-il entré en contact avec le Canada ? David Clark, l’actuel entraîneur australien du Canada, était auparavant Directeur et entraîneur en chef pour le Rugby à l’Institut Australien du Sport à Canberra. « En 1995, il avait coaché l’équipe australienne des moins de 21 ans à l’occasion du tournoi de l’hémisphère sud, et moi j’étais en charge des avants », se rappelle Topo.
A l’occasion du tournoi panaméricain, disputé fin août en… Argentine (à Buenos Aires), Clark avait demandé à Topo de remettre le couvert.
Un tournoi panaméricain en demi-teinte
C’est à cette occasion que l’ancien pilier avait fait connaissance avec l’équipe canadienne, dont il avait jugé les prestations relativement décevantes, avec notamment une défaite 20-35 face aux USA, la deuxième de l’année.
« Les USA m’ont surpris et impressionné sur ce match », confie Topo. « Ils ont des avants très costauds et des arrières très rapides ».
Au cours de ce tournoi, le Canada avait dominé l’Uruguay, également qualifié pour la Coupe du Monde, sur le score de 21 à 11, avant de s’incliner 62-22 face à l’Argentine.
Topo juge cette dernière prestation encourageante, en raison des trois essais inscrits face à la redoutable défense des Pumas. De plus, il attend beaucoup du retour dans le pack du capitaine Al Charron, ainsi que des autres joueurs qui n’avaient pas participé au tournoi.
"Il faudra compter avec nous!"
Est-ce qu’il pense que cela sera suffisant pour que le Canada ait une chance de qualification dans une poule où il affrontera successivement le Pays de Galles, la Nouvelle-Zélande, l’Italie, et le Tonga ?
« C’est une poule très difficile, mais sur un match, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer, surtout avec la chaleur », répond-il, avant d’affirmer avec force : « Je pense qu’il faudra compter avec nous ».