Après quatre années de hauts et de bas, le jour du jugement viendra pour les Fidjiens le samedi 11 octobre, lorsqu'ils rencontreront à Brisbane, pour la 4e fois en Coupe du monde, la France.
En 1987, 1991 et 1999, la France avait mis un terme au parcours des Fidjiens, ces derniers n'ayant pu se qualifier pour la RWC 1995.
Ce jugement, permettant de savoir si le comportement de cette équipe de 2003 est meilleur que celui des précédentes, va survenir après une longue période de préparation qui vit le squad rassemblé durant quatre mois.
La méthode Mac Callion
Mac Callion, le coach, un rugueux Néo-Zélandais qui commanda les Maoris dans les années 1970, a pu disposer de plus de moyens que ses prédécesseurs pour bâtir son staff technique. Il va également pouvoir s'appuyer sur le plus talentueux groupe de joueurs qu'aient connu les Fidji depuis plusieurs décennies.
Mais les résultats ont cependant été inégaux. Après s'être qualifiés premiers de la zone Océanie, les Fidjiens furent battus à Cardiff et Dublin, en novembre dernier. Et même s'ils relevèrent le défi des Queensland Reds et de Canterbury, en juillet et août, ils perdirent entre temps face au Tonga et se montrèrent peu inspirés face à l'équipe Espoirs de Canterbury.
Cela dit, une belle performance leur permit de ne s'incliner que 49-30 face aux Pumas, en août en Argentine; un score encourageant lorsque l'on connaît la forme actuelle des Argentins.
L'ancien pilier international Sairusi Naituku, membre de l'équipe qui atteignit les 1/4 de finale lors de la RWC 1987, pense que les Fidjiens ne sont pas loins du compte mais qu'ils doivent poursuivre sur la même voie s'ils veulent créer la surprise en Australie.
"Le match contre Canterbury va dans le bon sens" explique Naituku en faisant référence à la victoire fidienne 41-38 sur cette équipe constellées de All Blacks. "C'est le niveau de préparation que nous avions eu avant la première Coupe du monde.
Le rugby d'aujourd'hui exige de la vitesse et nous possédons des joueurs très rapides. Il suffit de les utiliser plus souvent et nous marquerons des essais."
L'enseignant de Suva, qui s'occupe de l'entraînement des -18 ans, veut que les Fidji retrouvent leur flair.
"Il faut faire vivre le ballon, franchir la ligne d'avantage et écarter sur les ailes. Le rugby fidjien a toujours été renommé pour sa capacité à mettre du mouvement; pourquoi ne pas revenir à cette culture alors que nous avons tant de vitesse dans cette équipe?"
Etoiles du Super 12
Quatre joueurs du squad actuel opèrent dans le Super 12 tandis que le numéro 9 Jacob Rauluni, basé au Royaume-Uni, a passé quatre ans au Queensland avant d'émigrer dans l'autre hémisphère, l'an passé.
Au centre, le duo des Otago Highlanders Seru Rabeni et Aisea Tuilevu est extraordinaire.
Même McCallion, au visage impassible d'ancien soldat néo-zélandais, peut difficilement cacher sa satisfaction.
"Je n'aurais jamais assez de mots à leur propos. Ils fonctionnent tellement bien ensemble."
Aux ailes, on trouve les joueurs capables de gagner à eux seuls un match: Rupeni Caucau des Auckland Blues et le néo-Japonais Vilimoni Delasau, sans parler de Marika Vunibaka des Crusaders.
A l'ouverture, McCallion a le choix entre le super-créateur qu'est Waisale Serevi - qui, en comptant le 7, disputera sa 6e Coupe du monde - et la star des Saracens Nicky Little. Tous deux sont d'excellents buteurs mais la préférence du coach semble aller aux qualités défensives de Little plutôt qu'au talent offensif de Serevi.
Parmi les plus gros progrès enregistrés lors des matchs de préparation figure le jeu d'avants: bonne conquête en touche, mauls pénétrants et certaines actions collectives.
"Je fus réellement satisfait de voir le pack non seulement gagner de bons ballons en touche mais également en profiter pour avancer" confiait McCallion après la victoire 75-12 face à Marlborough, une équipe de 2ème division du NPC. "L'équipe retranscrit maintenant sur le terrain ce que nous travaillons à l'entraînement et c'est un gros pas en avant."
Et comme toujours, l'espoir est éternel dans ces îles ensoleillées du Pacifique. Les deux dernières tournées décevantes en Europe seront vite oubliées si les Fidji peuvent se retrouver collectivement, exprimer leur indéniable potentiel et battre la France ou l'Ecosse, en poule B.
Résumé tiré de World of Rugby n°6.