Lorsque la France rencontrera le Japon au Dairy Farmers Stadium de Townsville samedi, ce ne sera que la deuxième fois de son histoire qu’elle affrontera cette équipe. Il faut remonter au 27 octobre 1973 pour se remémorer ce premier match.
Pour célébrer ce trentième anniversaire, les deux équipes s’affronteront une fois de plus. Il y a trente ans, les Tricolores l’avaient emporté 30 à 18.
Le deuxième centre Jo Maso
Dans l’équipe française d’alors, Jo Maso, actuel manager de l’équipe de France, jouait deuxième centre. « Je me souviens que nous avons été accrochés en première période », confie-t-il aujourd’hui à rugbyworldcup.com. « Nous avions dû changer de cap en seconde période en mettant plus de jeu. »
Ce jour d’octobre 73, le stade de Bordeaux où se déroulait la rencontre, était bien peuplé. « Nous étions très heureux et très curieux de jouer contre les Japonais », évoque Maso. « A cette époque, nous n’avions pas de relations sportives entre les deux pays. Par exemple, nous nous demandions s’ils avaient de grands joueurs. Il n’y en avait en fait qu’un seul et les autres étaient de taille moyenne. Par contre, ils avaient toujours le même maillot blanc et rouge. »
Pour leur première tournée en Europe, les Japonais avaient dû s’incliner. Mais ils avaient développé un jeu qui est resté, trente ans plus tard, leur marque. « Les Japonais possédaient déjà cette vivacité, cette pugnacité qui les caractérise encore aujourd’hui », explique le manager de l’équipe de France. « Ils avaient cette envie de ne pas céder, cette détermination à porter le ballon, à ne pas fermer le jeu. Il n’y avait pas beaucoup de différence entre leur détermination d’alors et le match qu’ils ont joué contre l’Ecosse dimanche dernier [ECO 32 – JAP 11]. »
Valeureux, les Japonais avaient réussi à marquer trois essais (non transformés) et deux pénalités. Les Français avaient marqué le double d’essais, dont trois furent transformés.
A la fin du match, les maillots avaient été échangés et Maso avait troqué le sien contre celui du capitaine japonais Yoshihiro Sakata. Le maillot est toujours dans sa vitrine privée. « L’été dernier, lors de notre tournée en Nouvelle-Zélande, j’ai pu rencontrer Sakata qui est professeur à l’université de Christchurch », sourit Maso. « Nous avons passé un très bon moment ensemble. Il sera d’ailleurs l’un de nos invités d’honneur lors de la Coupe du Monde de Rugby 2007 en France. »
Le pilier Jacques Rougerie
Dans l’équipe française, Jean-Claude Skrela portait le brassard de capitaine. A ses côtés évoluaient les Iracabal, Benesis, Saisset, Cabrol et Aguirre de la belle époque. Et même Gilles Delaigue, le père de Yann, le centre toulousain, qui avait près de six mois lors de cette rencontre historique.
Un autre nom résonne plus particulièrement à nos oreilles aujourd’hui, celui de Jacques Rougerie. Pilier, il n’a été qu’une seule fois sélectionné en équipe de France et c’était contre le Japon. Trente ans après, son fils Aurélien, ailier du XV de France, s’apprête à s’élancer contre les Japonais.
A cette époque, Aurélien n’était pas né. Et bizarrement, son père a longtemps tu cette histoire. « Il n’en a jamais trop parlé », évoque Aurélien Rougerie au micro de Sud Radio. « Je l’ai en fait appris un peu indirectement. C’est mon grand-père qui un jour a sorti un vieux bout de journal qu’il avait découpé à ce moment où on voit que Jacques Rougerie jouait pilier contre le Japon. Mais mon père n’en a jamais parlé particulièrement ni sérieusement ; on a rarement évoqué le terrain ensemble. »
Peu de différence en 30 ans
Même si le rugby international a évolué en trente ans de temps, les équipes ont su conserver la même envie de jouer. « Ce n’est plus le même jeu du tout. Aujourd’hui les joueurs sont tous professionnels, ils s’entraînent tous les jours », précise Jo Maso. « Avant il n’y avait pas de prime de match, ni même de Coupe du Monde de Rugby. Les enjeux n’étaient pas du tout les mêmes, les règles non plus. Mais nous étions très fiers de représenter notre pays et de jouer. Personnellement, j’étais très heureux de partager ma vie entre un travail stable et le rugby. »
Aujourd’hui encore, la France est favorite de la rencontre. Mais l’équipe aura à coeur de faire attention à ses joueurs, d'éviter le maximum de blessures, d'obtenir les quatre essais pour bénéficier du bonus de points, mais surtout, de respecter le jeu des Japonais. Comme il y a trente ans.