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Daniel Herrero  © RugyWorldCup
Daniel Herrero désigne l'équipe qui l'a le plus impressionné dans le tournoi 2003 : ses favoris les Gallois

Herrero : un apôtre du rugby

19/11/2003
Par Willy Billiard

Avec son look de baroudeur, Daniel Herrero ne laisse pas insensible. Barbe blanche, le cheveu hirsute, un éternel bandeau rouge sur la tête, des vêtements amples… On se retourne sur le passage de ce Père-Noël des tropiques qui a voué une bonne partie de sa vie, pour ne pas dire toute, à ce qui lui donne toujours ce souffle de vie chaleureux : le rugby. « Je suis né comme ça », explique-t-il pour expliquer son esthétique. « Ce n’est pas une recherche de style, c’est juste pour être synchrone avec moi-même. C’est mon côté un peu nomade. »

Une socialisation dans le rugby

Beaucoup se souviennent encore de ce gaillard sur le terrain lorsqu’il jouait à Toulon. « J’étais rude, pas violent. » A 10 ans, ce fils d’immigré espagnol commence à jouer au rugby, comme papa. « Ma socialisation, je l’ai vécue dans le rugby », raconte-t-il. « L’école m’a volé mes petits déjeuners pendant onze ans. Le rugby m’a offert un espace de bonheur. » Pendant quinze ans, il alterne deux passions : enseigner et entraîner. Dans les deux cas, les valeurs peuvent se confondre aisément pour celui qui pense que le rugby est une école de la vie.

Aujourd’hui, il est, entre autres, commentateur-consultant à Sud Radio. « Sympathique, mais éloigné de la réalité. » Herrero regrette le temps où il était sur les terrains. « A 50 ans, j’estime que j’ai donné. » Maintenant, au lieu d’y jouer, il en parle. Même s’il était rugueux les crampons au pied, il se sent amoureux le crayon à la main. Aujourd’hui, s’il y a bien une plume dans le rugby français, c’est bien la sienne. Incontestablement.

Mener les hommes

Inlassable, intarissable, Herrero parle de ce qui fait la force du rugby : « Le rugby laisse des traces dans le vécu : le don de soi, le collectif, le sacrifice, la fraternité, les liens, la gestion des hommes, la construction… La motivation, c’est autre chose. C’est mettre le moteur en action, c’est être entraînant. »

De ses propos théoriques, on en tire un enseignement qu’il n’est pas toujours facile de mettre en pratique. La récente expérience de l’équipe de France vient de nous le prouver. Et comme dans la vie, le rugby est fait d’aléas.
« Cette défaite contre l’Angleterre nous a laissé toutes les amertumes », explique Herrero. « On n’a pas su contester les Anglais. Cette défaite est offensante pour nous tous. »

Qui pour remplacer Galthié ?

A la suite de cette fin tragique, l’ancien capitaine Fabien Galthié a fait sa « petite dramaturgie de fin de carrière », précisant qu’il ne souhaitait pas disputer la petite finale. Manque de motivation. Le moteur est à sec.

« Le fait qu’il quitte le navire est équivoque », tente de rationaliser Daniel Herrero. « Il jette l’éponge le soir d’une défaite dramatique. C’est un peu douloureux. Il a une aptitude, le vécu d’un sportif qui a assumé un vrai leadership. Derrière lui, il a quatre Coupes du Monde. Capitaine depuis deux ans, il n’était pas à son meilleur niveau de performance, mais à son meilleur niveau de lien. Derrière lui, il y a une génération assez forte qui arrive aussi à terme : Magne, Ibanez, Pelous… A l’horizon, il y a Harinordoquy, Bru… Mais pas encore de leader qui aurait le charisme de Galthié. »

En attendant la petite finale

Amer, Daniel Herrero n’hésite pas à déclarer que la France a perdu dimanche soir son légendaire « French Flair » qui faisait son rayonnement à travers le monde. Il va même à parler d’une « France robotisée » dans son jeu. Où est donc passé le « rugby champagne » qui pétillait dans les stades, qui permettait d’espérer une victoire, même en demi-finale 1999 face à la Nouvelle-Zélande, à la toute dernière minute ?

Sans dévoiler ses pronostics, Daniel Herrero envisage la petite finale d’une manière objective : « Les deux équipes ont été infiniment touchées dans leur dignité. L’une comme l’autre ne sont pas arrivées à contester leur adversaire. La Nouvelle-zélande reconduit son équipe 1 fatiguée et la France une équipe 2 fraîche. Les Français seront morts de faim car ils n’auront pas beaucoup joué. Ils ne seront pas dans l’huile comme les Néo-Zélandais ; ils seront dans l’appétit. »

Dictionnaire amoureux du rugby, de Daniel Herrero. Editeur : Plon

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