Le Japon serait-il le nouvel Eldorado des joueurs de renommée internationale ? Le pays du soleil levant mettrait-il tout en œuvre pour développer son rugby et l’élever à un meilleur niveau dans les compétitions internationales ? Les questions restent ouvertes, mais beaucoup d’éléments le laisseraient supposer.
Le cas Kefu
Lorsque le numéro 8 des Wallabies Toutai Kefu a annoncé en début d’année qu’il avait signé pour un contrat de trois ans au Japon, il devait ouvrir la voie à d’autres comparses du même acabit. Après l’avoir évoqué en décembre 2001, il l’annonçait en février 2003 : Kefu venait de signer un contrat avec le club de Kubata, à côté de Tokyo, qui prendrait effet après la Coupe du Monde de Rugby 2003.
Un choix personnel, familial, avait-il alors expliqué, arguant du fait que sa femme et lui voulaient faire l’expérience d’une nouvelle culture et d’un nouveau pays. Fasciné par le Japon, Kefu n’a pas pu résister longtemps à son coup de cœur.
Il est vrai que les sirènes nippones semblent attirer de plus en plus de joueurs. Serait-ce un signe du sursaut d’un Japon voulant développer encore plus le rugby dans ce pays qui ne compte pas moins de 140 000 licenciés ?
Côté Wallabies, les médias évoquaient jusque récemment les tentations de joueurs tels Wendell Sailor ou Matt Cockbain. Fidèle à ses engagements, Sailor avait fait savoir qu’il préférait rester loyal aux Reds du Queensland pour passer le flambeau le moment venu à la génération suivante. Fin momentanée des rêves japonais.
Un autre joueur cultive néanmoins toujours l’incertitude, Matt Cockbain. Le deuxième ligne des Wallabies pourrait bien rejoindre Kefu au pays du soleil levant, mais préfère se concentrer dans un premier temps sur la Coupe du Monde de Rugby. Pour expliquer son choix de bouger, lui aussi évoque sa vie de famille qui, visiblement, serait meilleure au Japon qu’en Australie.
Ceux qui ont déjà sauté le pas
Plusieurs joueurs de l’hémisphère sud ont déjà sauté le pas et jouent actuellement au Japon. Le néo-zélandais Andy Miller s’est tellement intégré à cette culture qu’il a préféré jouer la Coupe du Monde de Rugby en portant la fleur de cerisier sur son maillot. Demi d’ouverture pour Kobe dans le championnat national japonais, il joue depuis plus d’un an dans l’équipe nationale. Cela fait cinq années que Miller est au Japon. Bien implanté, il parle japonais couramment et est un grand communiquant au sein de son équipe.
Son compatriote Daisuke Ohata s’est également formé ailleurs qu’au Japon ; en Australie, au Northern Suburbs Club de Sydney. Mais lui aussi préfère disputer la Coupe Webb Ellis pour son propre pays.
Il est à noter que les liens entre l’Australie et le Japon sont toujours aussi forts depuis qu’en 1927 une équipe de l’université de Waseda vint jouer en Australie. Dernièrement, l’entraîneur de l’équipe japonaise, Shigo Mukai, a incorporé dans son équipe technique le préparateur physique australien Gary Wallace. Celui-ci, après quelques mois seulement de travail avait déjà fait un travail remarquable sur les joueurs qui devraient être fin prêts pour la prochaine Coupe du Monde de Rugby.
Le rugby japonais à la conquête du monde?
Et si l’encadrement technique japonais était de plus en plus performant ? C’est un peu la crainte des Australiens lorsqu’ils observent la fuite de leurs talents vers la contrée voisine. Ou lorsqu’ils voient l’entraîneur des Wallabies lui-même se rendre « pour des raisons personnelles » au Japon. L’agence de presse Reuters avait pisté Eddie Jones en août dernier, juste après un match comptant pour la Bledisloe Cup, lors d’un voyage au Japon. Il aurait participé à un camp d’entraînement de son ancien club Suntory en tant que consultant technique.
Jones a fait ses premières armes en tant qu’entraîneur au Japon en 1996 et n’a jamais renié ses origines. Serait-ce pour lui le moment de rendre la pareille ?
Toujours dans l’actualité et toujours dans un esprit de s’attirer les meilleurs joueurs mondiaux, on apprend que le All Black Tana Umaga serait lui aussi en pourparlers pour rejoindre un club japonais la saison prochaine. L’hebdomadaire néo-zélandais The Sunday News rapporte en effet que le vice-capitaine All Black, véritable star au Japon, aurait été contacté par le club Toyota pour faire partie de son équipe.
Le club avait déjà engagé les anciens All Blacks Adrian Cashmore, Filo Tiatia et Charles Riechelmann. Ron Cribb, Leon MacDonald et Troy Flayell auraient également été contactés pour jouer dans des clubs au Japon.
Candidature pour la Coupe du Monde de Rugby 2011
Au vu de tous ces éléments, le Japon met les atouts de son côté pour être considéré comme une grande nation de rugby au même titre que la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, la France ou encore l’Australie.
A tel point que sa candidature pour accueillir la Coupe du Monde de Rugby 2011 est prise très au sérieux par l’International Rugby Board. Apres sa visite au Japon, le secrétaire général de l’IRB, Mike Miller, confiait à l’AFP que « le Japon est bien placé, avec une bonne tradition rugbystique, une économie forte et la capacité d’organiser un évènement d’importance comme on a pu le voir récemment avec la Coupe du Monde de Football. »
Si la candidature nippone est retenue, ce serait alors la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde de Rugby que ce tournoi serait organisé en dehors des pays composant traditionnellement les Tri-Nations ou les VI Nations. Décision en 2005. En attendant, le Japon a tout à prouver.