C'est une vieille histoire pour le pays de Galles. Une autre Coupe du monde et un vieux pari. Ron Waldron avait démissionné en tant qu'entraîneur avant la RWC 1991, après que cette équipe galloise ait enregistré une défaite record face à l'Australie. Alan Davies fut appelé au secours et le pays de Galles ne parvint pas à se qualifier pour les quarts de finale. Il réussit cependant à redonner un nouvel élan à l'équipe qui remporta le Tournoi des V Nations en 1994.
La valse des entraîneurs
Mais la faiblesse du réservoir gallois fut mise en évidence la saison suivante lorsque sa formation fut décimée par les blessures. Et Davies perdit son poste juste avant la RWC 1995 en Afrique du Sud, n'ayant pas réussi à obtenir un vote de confiance.
L'Australien Alex Evans, alors coach de Cardiff, assura l'intérim mais le pays de Galles vit s'envoler la perspective des quarts de finale après une défaite face à l'Irlande. Ce qui marqua la chute d'une nation orgueilleuse. Troisième lors de la Coupe du monde inaugurale de 1987 en Australie et Nouvelle-Zélande, le pays de Galles semblait toucher le fond.
Ces craintes semblèrent cependant écartées lorsque le Néo-Zélandais Graham Henry fut appelé, après la défaite record 96-13 contre la Nouvelle-Zélande, en 1988. L'homme qui avait mené les Blues à plusieurs titres consécutifs du Super 12 devint le coach le mieux payé au monde et justifia son surnom: le Grand Rédempteur. Les Gallois égalèrent un record en alignant dix victoires d'affilée dont une première face aux Springboks. La France (deux fois) et l'Angleterre figurant parmi les victimes.
Ils se qualifièrent pour les quarts de finale de la RWC 1999 sur leur sol mais furent ensuite éliminés par les futurs champions du monde australiens. La bulle Henry se dégonfla rapidement et il démissionna en février dernier après la défaite 54-10 de Dublin face à l'Irlande. Ce qui ouvrit la voie à un autre Néo-Zélandais, Steve Hansen, qui avait été nommé adjoint d'Henry quelques mois auparavant. Avec juste 4 victoires en 19 matchs, le palmarès d'Hansen est tout tracé.
Mauvaise habitude
Il est difficile de trouver un supporter à un Hansen sous haute pression, à l'exception de la légende du rugby mondial qu'est Gareth Edwards. Il ne blâme pas l'ancien entraîneur adjoint des Crusaders, préférant montrer du doigt le système.
"Nous avons pris l'habitude, au pays de Galles, de nous débarrasser des entraîneurs juste avant une Coupe du monde. Mais à quoi cela nous a-t-il servi? Cela ne nous a pas fait avancer."
Un jugement approuvé par Alan Davies: "Il est ridicule de changer d'entraîneur juste avant une Coupe du monde. Cela survint en 1991 lorsque je fus appelé et en 1995 après que j'aie décidé de partir. De par mon expérience, je peux vous affirmer que ce n'est pas le meilleur moyen de préparer la plus grande compétition de rugby au monde."
Hansen a apporté plus de professionnalisme et il est juste de dire que cette équipe galloise de 2003 est la mieux préparée de l'Histoire. Et elle possède un indéniable potentiel. Le problème est que les défaites se sont accumulées et que la confiance s'est envolée.
Les ressources des Gallois
Les Gallois auraient dû battre l'Afrique du Sud au moins à une reprise, l'an dernier, mais ont perdu. Ils ont bien joué contre l'Angleterre et l'Irlande - un match qu'ils auraient mérité de gagner - lors de ce Tournoi des VI Nations, mais ont été les auteurs d'une piètre performance contre l'Italie, ont gaspillé leurs chances durant les 25 premières minutes contre l'Ecosse et furent débordés par la France à Paris.
Ils ont donné quelques sueurs froides à l'Australie, cet été, mais leur tendance à laisser filer des essais tout faits ne leur permit pas de rivaliser véritablement avec les champions du monde.
Les Gallois peuvent-ils alors espérer à l'aube de cette Coupe du monde? Tout dépendra en grande partie de leur match d'ouverture dans cette poule D, le 12 octobre à Melbourne, contre des Canadiens pouvant jouer les trouble-fêtes. Si les Gallois passent cet obstacle, ils seront en course pour les quarts de finale. Il leur restera encore à rencontrer l'Italie et le Tonga, mais ils peuvent tout à fait terminer deuxièmes derrière la Nouvelle-Zélande et s'octroyer une place parmi les huit meilleures nations, pour la troisième fois en cinq tentatives.
Une ligne de trois-quarts où figurent Iestyn Harris, Sonny Parker et Gareth Thomas peut poser problème à n'importe qui. Si Harris et Parker sont au top, le pays de Galles peut devenir un adversaire avec qui compter lors de cette RWC. Et Hansen pourra alors faire ravaler leurs critiques à ses détracteurs.
Andy Howell est grand reporter dans le principal journal gallois, le Western Mail.
Résumé tiré de World of Rugby n°6.