L'ancien capitaine Peter Fatialofa évoque une péripétie significative de l'Histoire récente du rugby samoan. "Lorsque nous nous rassemblâmes pour notre première tournée en 1988, il n'y avait guère d'argent dans le rugby samoan; aussi, nous avons tous acheté une partie de notre équipement.
J'ai eu un blazer bleu dans une boutique d'Auckland et je suis arrivé au point de rassemblement. Là, on nous a remis à chacun, solennellement, un écusson à coudre sur le blazer. Nous nous sommes regardés et avons dit que ce n'était pas dans nos moyens. Et c'est ainsi que la plupart d'entre nous a fait le tour du monde avec l'écusson des Samoa fièrement collé sur notre veste par un bout de chewing gum."
Les Samoa sont une minuscule nation et en aucun cas la plus riche du monde. La population est seulement de 180.000 habitants répartis sur quatre îles. Le rugby est le sport national parfaitement adapté à la robuste constitution et aux qualités de la population mâle.
Mais les étroites relations avec la Nouvelle-Zélande (le pays qui eut mandat pour gouverner les Samoa de 1919 à 1962) ont provoqué une forte émigration vers ce pays. Ce qui s'est traduit, en rugby, par un plus pour la Nouvelle-Zélande dans la mesure où de nombreux Samoans d'origine sont devenus des All Blacks.
Mais certains joueurs n'ont pas simplement fait escale en Nouvelle-Zélande. La perspective de gagner de l'argent en jouant au rugby a poussé quelques uns à s'expatrier encore plus loin.
Les clubs du Royaume-Uni apprécient les qualités et l'agressivité de ces joueurs samoans et une bonne douzaine d'entre eux jouent pour les grands clubs anglais, gallois, écossais, irlandais. Il y a des Samoans en Australie, au Japon et également dans le reste de l'Europe. En fait, partout où l'on réclame talent et détermination, un joueur samoan peut parfaitement faire l'affaire.
Un coach Néo-Zélandais
Rassembler le groupe en vue de la Coupe du monde, cette année, a engendré les problèmes habituels. Mais une équipe a tout de même été mise sur pied pour partir en tournée en Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud et Namibie même si les conditions furent parfois difficiles.
Le coach John Boe ainsi que son adjoint Michael Jones et le capitaine Semo Sititi vont pouvoir présenter une solide équipe en Australie. Ils vont sans doute envier la situation des équipes plus riches qu'ils vont rencontrer en poule comme l'Afrique du Sud et l'Angleterre, mais ils feront front.
Le point fort des Samoa sera une fois encore sa présence physique. Sur le terrain, les Samoans se régalent à être rugueux. Ce qui n'est pas toujours compris. Quelques incidents au cours des années passées ont laissé des traces difficiles à effacer. Le fait est que les Samoans font preuve d'un solide engagement que bien des observateurs trouvent difficile à admettre.
John Boe, un ancien All Black, explique qu'il n'aurait jamais pensé être autant sollicité. "Je dois travailler avec des joueurs de niveaux différents, venant de divers pays et de différentes cultures. Mais quelle que soit la solution, nous la trouverons. Notre équipe ne jouera pas comme les Anglais ou les Néo-Zélandais mais dans le plus pur style samoan."
Sititi capitaine
Semo Sititi sera une fois encore le capitaine. De par son expérience acquise à travers le monde, il donne l'exemple en étant toujours en première ligne. C'est un homme ouvert, d'abord facile comme le sont les Samoans, mais qui fait preuve d'une rigueur jamais démentie sur le terrain.
Pour seconder Sititi, on trouvera le spectaculaire et féroce défenseur Trevor Leota, talonneur des Wasps, et l'ancien deuxième ligne d'Auckland aujourd'hui basé au Japon, Leo Lafaiali'i.
Derrière, le gamin de 1999, Brian Lima, disputera sa quatrième Coupe du Monde alors que la star 2002 du Super 12 chez les Hurricanes, Lome Fa'atau - aux jambes spectaculairement tatouées - est plus rapide que la plupart de ses futurs adversaires. Il faudra également avoir l'oeil sur Fa'atonu Fili et Henry Tuilagi.
Boe et l'ancien entraîneur Bryan "B.G." Williams savent que la route sera longue et dure pour les Manu Samoa. "Les avants constitueront la clé du succès" affirme le grand "B.G.". J'aurais aimé avoir ce groupe. Il y a maintenant là des gars de confiance et dans une poule aussi difficile, les avant se doivent de réaliser une bonne performance.
Pour arriver en quart, ce que nous avons toujours réussi, lors de nos trois précédentes Coupes du monde, il nous faudra battre ou l'Angleterre ou l'Afrique du Sud. Je sais que nos trois-quarts sont toujours compétitifs et talentueux, parmi les meilleurs. John les encourage à tout tenter mais ce que nous voulons c'est créer la surprise."
Résumé tiré de World of Rugby n°6.